Introduction
Dans l'histoire des sciences, certaines figures ont brillé dans l'ombre. Lise Meitner est l'une d'elles.
Physicienne autrichienne de génie, elle a joué un rôle déterminant dans la découverte de la fission nucléaire, phénomène à l'origine de la bombe atomique et des centrales nucléaires. Pourtant, son nom reste largement méconnu du grand public, éclipsé par celui de son collègue Otto Hahn, seul récipiendaire du prix Nobel pour cette découverte.
L'histoire de Lise Meitner est celle d'une femme qui a ouvert la voie à une nouvelle ère scientifique tout en affrontant les préjugés sexistes et la persécution nazie.
Une pionnière dans un monde d'hommes
Née en 1878 à Vienne dans une famille juive cultivée, Lise Meitner montre dès son plus jeune âge un intérêt marqué pour la physique et les mathématiques. À une époque où les femmes avaient un accès limité à l'éducation supérieure, elle parvient, grâce au soutien de ses parents, à suivre des cours particuliers et à intégrer l'université de Vienne en 1901.
En 1906, elle devient la deuxième femme à obtenir un doctorat en physique en Autriche, sous la direction de Ludwig Boltzmann, l'un des plus grands physiciens de son temps.
Elle poursuit ensuite sa carrière à Berlin, où elle collabore avec le chimiste Otto Hahn. Pendant plus de trente ans, ils travaillent ensemble sur la radioactivité et les propriétés des atomes.
Malgré son expertise reconnue, Lise Meitner subit des discriminations constantes : elle n'a pas le droit d'accéder aux laboratoires officiels et doit travailler dans une cave, sans salaire pendant plusieurs années.
La découverte de la fission nucléaire
Dans les années 1930, Meitner et Hahn se lancent dans une quête scientifique fascinante: bombarder des noyaux d'uranium avec des neutrons pour tenter de créer des éléments plus lourds.
Mais en 1938, leur collaboration est brutalement interrompue par l'Anschluss, l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie. En tant que juive, Lise Meitner est en danger. Grâce à l'aide de collègues néerlandais et suédois, elle fuit l'Allemagne et trouve refuge en Suède.
Quelques mois plus tard, Otto Hahn lui envoie une lettre troublante: les expériences montrent que le bombardement de l'uranium produit des éléments beaucoup plus légers, comme le baryum. Cela ne correspond à aucune théorie connue.
Depuis son exil, Lise Meitner analyse les résultats et comprend ce qui s'est passé : le noyau d'uranium s'est scindé en deux fragments plus légers, libérant une immense quantité d'énergie. Elle nomme ce phénomène la fission nucléaire.
En février 1939, elle publie avec son neveu Otto Frisch une explication théorique dans la revue Nature, posant les fondements de la physique nucléaire moderne.
Une reconnaissance tardive
Malgré son rôle essentiel dans la découverte de la fission nucléaire, Lise Meitner est totalement ignorée par le comité Nobel. En 1944, le prix Nobel de chimie est attribué exclusivement à Otto Hahn, suscitant une vive controverse parmi les scientifiques.
Lise Meitner est ainsi victime d'une double injustice: en tant que femme, elle est systématiquement effacée de l'histoire des sciences; en tant que juive, elle est persécutée par le régime nazi.
Il faudra attendre les années 1960 pour que son travail soit enfin reconnu à sa juste valeur. Elle reçoit de nombreuses distinctions honorifiques, comme le prix Enrico Fermi en 1966, et un élément chimique est baptisé en son honneur: le meitnérium (symbole: Mt).
Lise Meitner décède en 1968, à l'âge de 89 ans. Son histoire, longtemps oubliée, est aujourd'hui redécouverte et célébrée comme un exemple de résilience et de génie scientifique.